03.11.2009

Brigitte Fontaine "Prohibition" (Polydor / Universal)

fontaine-prohibition.jpgBrigitte Fontaine est de retour avec "Prohibition". Un album où les textes cinglants ont été mis en musique par Areski Belkacem et sur lequel on note deux duos avec Philippe Katerine et Grace Jones.

On l’avait quittée avec "Libido". Elle nous revient avec "Prohibition", certainement l’un de ses albums les plus aboutis. Mais cette fois, pas question de jouer les kékés. Brigitte Fontaine ne rigole plus. L’heure est à la révolte.


"Révoltée"

Parmi tous les qualificatifs qui désignent habituellement Brigitte Fontaine, "révoltée" est celui qui colle le mieux à ce nouvel album. "Révoltée, plus qu’attristée" par une société qui jette ses vieux aux orties, ses malades dans les fossés.

Avec "Prohibition", chanson titre servie par une superbe mélodie, la Morlaisienne n’a pas de mots assez durs (voire grossiers avec ce refrain, terrible, "Je suis vieille et je vous enc.../ Je suis vieille et je vais crever") pour dire ce qu’elle pense de la manière dont cette société traite ses anciens.


Fontaine-robin907.jpgInsoumise

À 70 ans, elle a décidé de ressortir ses griffes. Et la voilà qui sonne la charge de la rébellion dans un monde où tout est interdit ("Dura lex"). Un monde où tout est dit "Entre guillemets". Tout ce qu’elle déteste. "On dit les choses ou on ne les dit pas". Elle préfère les dire, les chanter même, sans les guillemets. Elle est comme ça, insoumise... Définitivement libre. Rien de surprenant alors de la voir déclamer, telle une supplique, ces quelques vers qui laissent sans voix: "Ouvrez les prisons / Elles nous tuent".

Forcément politique ("Partir ou rester", écrit au lendemain de la présidentielle, "Harem" qui dénonce l’enfermement dont sont victimes les femmes en Arabie Saoudite), "Prohibition" n’est pas un catalogue de revendications mais le cri de rage d’une artiste engagée. Une anar qui le dit sans tabou: "L’enfer c’est l’État" ("Dura lex").


Fontaine-robin1402.jpgDuos avec Philippe Katerine et Grace Jones

Disque sombre, "Prohibition" joue aussi l’art du contre-pied. "Partir ou rester", en duo avec Philippe Katerine qui entend "descendre dans la rue lutter contre les Lustucrus", devient presque comique. Sur fond de guimbarde et de vibraphone, le suicide au gaz de "La fiancée de Frankenstein" tourne au tragi-comique.

Composées par l’excellent Areski Belkacem auquel Brigitte Fontaine consacre une superbe chanson d’amour ("Pas ce soir"), les musiques flirtent avec le rock, prennent des couleurs pop ("Just you and me"). Elles s’imprègnent de sonorités orientales sur "Soufi" où elle chante ce "philosophe des cimes dont la vie est musique" en duo avec Grace Jones. C’est au Gallois Ivor Guest, producteur de la muse d’Andy Warhol, qu’elle a confié la réalisation de l’album, s’entourant de musiciens anglais travaillant habituellement avec Brian Eno.


Stéphane Guihéneuf, novembre 2009.

Chronique publiée dans Le Télégramme du 22 octobre. (Photos Robin)

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