13.06.2011

Farid Aït-Siameur. L'âme de Taÿfa

110611-farid.jpgAprès une longue absence, Taÿfa revient. Dans les années 1990, la formation a été le fer de lance d'une musique alliant culture bretonne et berbère. Aujourd'hui, les "sales mômes"-selon la définition donnée par le Bigouden Farid Aït-Siameur (photo SG), l'un des fondateurs du groupe-s'acoquinent avec le bagad Cap Caval.

"Cela a été une explosion pendant dix ans". Dix ans durant lesquels Taÿfa, en trois albums, deux tours du monde et une multitude de rencontres (Traoré, l'Orchestre national de Barbès, Rachid Taha), a porté haut le mélange des cultures. Celle de la Kabylie (nord de l'Algérie) où Farid Aït-Siameur est né. Celle du pays breton où ce dernier, fondateur de Taÿfa, s'est installé. "Je suis arrivé en 1983... pratiquement en Pays bigouden". Le natif de Béjaïa, plus grande ville kabyle, est devenu bigouden dans l'âme. "C'est une région qui me ressemblait plus que d'autres. Les Bretons m'ont accueilli à bras ouverts, ils m'ont donné envie de rester".

Besoin de souffler

Rencontre avec la Bretagne, rencontre aussi avec la musique, les festoù-noz, Molard, Siberil ou Seven Reizh avec qui il chante en breton avec l'accent du pays. Il y a surtout cette envie de réunir dans un même élan des sons différents. L'affaire se dessine avec Penfleps, en 1989. "On a commencé à faire des mélanges". Farid Aït-Siameur n'oublie pas l'impulsion donnée par Jean-Pierre Riou et Jean-Jacques Baillard dans cette expérience nouvelle. Mais c'est avec Taÿfa (qui, avec Red Cardell, est né de la scission de Penfleps) que cette idée de fusion prend véritablement tout son sens.

"Awal", deuxième album de la formation porté par des textes dans lesquels s'entend la douleur du peuple algérien, installe Taÿfa. C'était sans compter le 11 septembre 2001. "Cela a joué un rôle", assure Farid Aït-Siameur. Impact inconscient. Le mélange breton-kabyle passe alors moins bien. Le chanteur évoque cette "méconnaissance des langues". Cela n'explique pas tout. "On avait envie de souffler un peu, de tenter d'autres aventures musicales". Jamais vraiment dissoute, la formation expérimente alors à quatre, en acoustique. Fin de chapitre.

Envie d'Algérie

tayfa.jpgTaÿfa peut se traduire par "sales mômes". "J'ai choisi ce nom parce qu'il n'a pas d'origine, il existait déjà en Espagne et est arrivé dans la langue berbère. Un taÿfa, c'est quelqu'un qui ne suit pas la tradition". Si, avec Taÿfa, la tradition reste présente dans les instruments et dans les textes, comme le rappelle Farid Aït-Siameur, "on va de l'avant". Cap Caval, c'est d'ailleurs la nouvelle aventure Taÿfa. L'idée a tranquillement fait son chemin. "En 2005, le bagad est venu me chercher pour sa création, "Ijin". On m'a demandé de chanter quelques chansons de mon répertoire". En 2009, Taÿfa est convié à un festival celtico-berbère... "On a invité quelques musiciens du bagad". Avant de décider d'aller plus loin, "de jouer avec l'ensemble du bagad".

Sans tapage, une nouvelle histoire se fait jour. Aventure à laquelle participent deux autres figures historiquesde Taÿfa: Philippe Collas (claviers) et José Larraceleta (guitare). Mickaël Bourdois et Mathieu Parcheminal sont arrivés en route. "On a l'impression qu'ils sont avec nous depuis toujours". Cinq contre six autrefois même si le bagad Cap Caval incarne ce sixième homme. "Il apporte une présence, une âme... C'est un vrai bonheur de jouer ensemble". De cette rencontre est né un album, "Taÿfa bagad Cap Caval Musique du monde", disponible en souscription. "Je ne voulais pas mettre Taÿfa invite le bagad Cap Caval". Quant à "musique du monde", c'est en tifinagh, alphabet berbère, qu'il s'affiche. Avec ce nouvel album, Taÿfa compte bien repartir sur les routes. En 1992, le groupe a fait une tournée en Algérie, à Béjaïa, en Kabylie. Depuis, rien. Y retourner, c'est le rêve que caresse Farid Aït-Siameur. "Jouer en Algérie, on ne demande que cela".

Stéphane Guihéneuf, juin 2011.
Portrait publié dans Le Télégramme du 11 juin 2011.

27.07.2010

CarlosPop, c'est rock et BD

CarlosPop.jpgCarlosPop qui vient de publier un polar est aussi chanteur et musicien. Il était l'un des invités du festival du polar, à Concarneau. Rencontre.

"L’orage", le premier polar BD de CarlosPop installe un univers sombre et angoissant. L’auteur a toujours voulu faire de la BD. Illustrateur (notamment pour FHM, Gala), il conduit en parallèle une carrière de musicien, de chanteur dans un groupe de rock. Une rencontre avec Patrice, guitariste qui n’a pas encore rejoint Superbus, va lui permettre de marier ses différents moyens d’expression en réalisant les pochettes du groupe. "J’ai fait toutes les pochettes de Superbus depuis Pop n’Gum", souligne-t-il. Toutes les pochettes sauf celle du "Best-of", à paraître (le 20 septembre).

Après avoir réussi à laisser passer "L’orage", en couchant sur planches l’histoire qui lui trottait dans la tête depuis une dizaine d’années, CarlosPop peaufine un EP cinq titres. "Des chansons rock, interprétées en anglais". Normal pour celui qui est autant inspiré musicalement par les Beach Boys que par AC/DC.

capresdcarlospop.jpgUn son qui n’a rien à voir toutefois avec le son plus pop, plus acoustique, plus électro présent sur "Le C après le D", son premier album, sorti uniquement en digital en novembre dernier. Ce disque est comme pour Superbus, une histoire de rencontres. Comme cette rencontre avec Amaury Blanchard, batteur qui a longtemps travaillé aux côtés de Renaud (mais pas que...). Les titres sont autoproduits mais la moitié est cependant en édition chez TF1. Il est vrai que plusieurs morceaux illustrent des séries comme "Le Destin de Bruno" ("Cours") ou "La vie est à nous".

Rock, son prochain EP le sera. Toute comme sa prochaine BD. Elle va raconter l’histoire de Black Flag, un groupe américain de punk hardocre. Une formation des années 1980 dont le chanteur a consigné dans un cahier la vie au jour le jour. "C’est l’adaptation d’un journal de bord". Pas question de pinceau comme pour "L’orage", c’est au stylo que CarlosPop va donner corps à cette histoire. Le style c’est plus rock’n’roll.

Stéphane Guihéneuf, juillet 2010. Photo SG.

Liens : le journal de CarlosPop, l'orage.

31.03.2009

Maurice Jarre : générique de fin

jarre.jpgDe "Lawrence d'Arabie" à "La fille de Ryan", de "Paris brûle-t-il?" à "Witness" en passant par "Docteur Jivago", "La route des Indes", "Le jour le plus long", "Les professionnels", "Le Cercle des poètes disparus", ou "Le tambour" (pour ne citer qu'eux), Maurice Jarre aura écrit son nom au générique des plus grands films. Compositeur de génie (ses 12 pianos dans "Paris brûle-t-il?"), Maurice Jarre aura collaboré avec les plus grands réalisateurs, de David Lean à Alfred Hitchcock, de Clint Eastwood à Luchino Visconti. Il est décédé le 29 mars, à l'âge de 84 ans, à Los Angeles (Etats-Unis - Californie) où il sera incinéré jeudi.

"Le Cercle des poètes disparus" aurait-il été le film qu'il est sans Maurice Jarre? La question peut être répétée à l'infini tant ce compositeur français, né à Lyon le 13 septembre 1924, a su magnifier les films (plus de 150) auxquels il a collaboré. Un art pour lequel il a d'ailleurs reçu trois Oscars : en 1963 pour "Lawrence d'Arabie", en 1966 pour "Docteur Jivago" et en 1985 pour "La Route des Indes". Trois statuettes obtenues avec le même réalisateur, David Lean.

jarre-Jivago.jpgCelui qui possède une étoile à son nom sur la promenade de la gloire d'Hollywood a également reçu de nombreuses récompenses : Golden Globes Awards pour "Docteur Jivago" (1966), "La Route des Indes" (1985), "Gorilles dans la brume" (1989) et "Les Vendanges de feu" (1996); Victoire de la Meilleure musique originale en 1985 pour "Au nom de tous les miens"; César d'honneur en 1986, British Academy of Film and Television Arts (BAFTA) de la meilleure musique originale en 1990 pour "Le Cercle des poètes disparus" et un Ours d'Or pour l'ensemble de sa carrière à Berlin, en février dernier.

Après des études de musique, Maurice Jarre s'oriente vers la composition et écrit, en 1952, sa première musique de film à la demande du cinéaste Georges Franju pour le court-métrage "Hôtel des Invalides". Directeur musical du Théâtre National Populaire (TNP) pendant douze ans, de 1951 à 1963, il n'aura de cesse de collaborer avec de grands réalisateurs, comme Alain Resnais ("La mémoire du monde", 1956) ou Jacques Demy ("Le bel indifférent", 1957). C'est encore Georges Franju qui lui permettra de débuter dans le long-métrage avec "La tête contre les murs", 1958. Il travaillera avec lui sur "Les yeux sans visage" (1959), "Pleins feux sur l'assassin" (1961), "Thérèse Desqueyroux" (1962) et "Judex" (1964). Une carrière française à laquelle succède, très rapidement, une carrière internationale marquée par de nombreux chef d'oeuvre dont le "Thème de Lara" ("Docteur Jivago", 1965).

jarre1.jpg"Un grand compositeur qui nous lègue une oeuvre généreuse et majestueuse, une musique classique et populaire", a souligné le président Nicolas Sarkozy tandis que sa ministre de la Culture, Christine Albanel, a autant salué le "magnifique ambassadeur de la culture française dans le monde entier", que l'"auteur de thèmes et de mélodies universels qui ont accompagné de puissantes épopées cinématographiques".

A noter que Maurice Jarre était notamment le père de Jean-Michel Jarre, compositeur de musique électronique.

Stéphane Guihéneuf, mars 2009.

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25.02.2009

Eddy Claybard : l'âme rock concarnoise

CLAYBARD2.JPGL’association concarnoise Eddy Claybard fête ses 20 ans. Derrière ce nom, dont la référence à Eddy Barclay est évidente, se cachent des passionnés emmenés depuis plus de dix ans par Alain Le Cloirec. Un musicien dans l’âme qui, lorsqu’il ne gratte pas, donne de sa personne pour assouvir sa passion de la musique.

Une tête de chien avec des lunettes noir, un collier de clous et un nœud papillon. Le fameux logo de l’association Eddy Claybard ne manque pas de références. Celle du tout aussi fameux lion rugissant de la Metro-Goldwyn-Mayer, le studio Hollywoodien. Celle, moins visible, au personnage de Gai Luron, dont il s’inspire. Un logo derrière lequel se cache une association concarnoise qui depuis 20 ans, organise, coûte que coûte, des concerts de rock: Eddy Claybard. Le nom n’est pas fortuit. Toute ressemblance avec Eddy Barclay, patron de la maison de disque de même nom, est volontaire. "Ça colle parfaitement avec l’image rock’n’roll du personnage", note avec malice Alain Le Cloirec. Président, depuis la fin des années 1990, d’une association qui souffle cette année ses vingt printemps.

Première partie des Roadrunners
Comme le chante Berthe, un événement pareil ça n’arrive qu’une fois seulement. Alors, cet été, Eddy Claybard donne rendez-vous aux amateurs avec… 20 concerts. Quatre dates (11, 12 juillet et 7, 8 août), cinq concerts par soirée ("une soirée rock, une chanson française, une celtisante et une soul funk"), 20 artistes. Le compte est bon. Il l’est d’autant plus que circulent déjà quelques noms: Terry Lee Hale, l’ami des Blind Doctors, ne veut manquer cela pour rien au monde. Frandol devrait également en être. Normal pour celui qui suit l’association depuis 20 ans. Un juste retour des choses.

C’est en découvrant les Roadrunners sur la scène de Quimperlé dont Alain et les siens assurent la première partie que l’aventure a pris corps. "Là, on n’a eu qu’une envie, de faire du rock anglais, façon Kinks, Who, Stones…" Veunomia, le groupe monté avec son frère en 1988 se transforme l’année suivante en un collectif de 13 musiciens "dans lequel tous les groupes de Concarneau se sont retrouvés". C’est la naissance du Jumpin’ Jack Flash Band, de l’association et du premier Summertime. Un festival estival, qui sera décliné en Summertime l’année suivante, et à l’affiche desquels vont se succéder les Roadrunners, Adrian Burns, Celtas Cortos, Godfathers ou Rodolphe Burger.

Rendre le rock accessible
Cheveux qui tombent sur les épaules, le jeune quadragénaire est aussi connu pour ses "coups". La venue à Concarneau des Fuzztones, c’est lui. Pas mécontent d’avoir pu faire jouer dans sa ville des légendes vivantes. Et des légendes, il y en a eu: les Stranglers, Mick Taylor, guitariste des Rolling Stones ou Alvin Lee, guitariste des Ten Year After dont la prestation d’anthologie lors du Woodstock de 1969 fait encore hérisser les poils de n’importe quel chevelu. Concarnois pur jus, Alain Le Cloirec a biberonné aux Beatles, aux Sex Pistols, aux Clash.

Son premier album aura été "l’Aérosmith de 1974". Celui qui ne cache pas "un petit faible pour le Nino Ferrer des débuts" débute la guitare à 11 ans. "En une heure tu savais jouer Bob Dylan". Douze années de formation à la guitare Folk lui assurent suffisamment d’aisance pour tenter l’expérience de l’électrique. En 1982 avec Springtime, il donne dans la reprise de Neil Young. Mais c’est avec les Blind Doctors qu’il assouvit pleinement sa passion. De la République Tchèque à l’Allemagne en passant par l’Angleterre, les Blind Doctors enchaîneront trois tournées européennes. Avec passage, obligé, à Concarneau. Ouvrir la scène aux groupes locaux et rendre le rock accessible à tous, tel est la démarche qu’il défend. Vingt ans que cela dure. Et on espère bien en reprendre pour 20 ans.

Stéphane Guihéneuf
Article publié dans Le Télégramme du 24 février 2009.

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